Je me suis réveillée avec
un grand ciseau dans le corps, qui ravageait tout le dedans à grands coups : il s'ouvre grand, et crac, il hachure, il déchire, il fait saigner.
C'est physique; c'est comme si j'avais les boyaux, l'estomac, la gorge
entaillés; je les vois en train de pisser le sang et mourir.
Et dans la gorge encore ces millions de larmes que je ne peux pas expulser.
Sais-tu que pourtant ce matin je me suis trouvée belle dans le miroir du
réveil? Incroyable! Je ne m'étais pas trouvée belle depuis un million
d'années... et ça me rend encore plus invisible! Pourquoi donc les hommes ne veulent-t-ils pas de moi? Pourquoi donc dois je porter toute cette peine?
Pourquoi est ce que je suis incapable de ressembler au monde autour, ou
juste, de le comprendre et d'y participer? D'être tout simplement heureuse?
Oublier la malade pas encore guérie de sa naissance….
Le 04/05/2009
Ce matin je me suis
réveillé avec dans le corps et dans l’âme les larmes infinies jamais pleurées.
« Te
souviens-tu de ce temps si long et si douloureux où ton corps affolait les garçons?
Te souviens-tu qu'à chaque fois ce fut désastreux? Qu’à chaque fois tu y perdais un éclat de toi?
Te souviens-tu de tes 14 ans et de l’italien au bec de lièvre qui t’a ouverte du premier baiser avec la langue?
Du mec, aide cuisinier, qui sortait les poubelles et qui a troué ta virginité d’un doigt, un soir, debout contre la porte du garage du chalet familial?
Du bel algérien au blouson de cuir avec un aigle d’or dans le dos, qui t’a fait deux enfants et qui emmenait ton aîné de deux ans chez une de ses copines; et qui, pour justifier son infidélité, lui apprenait qu’elle était sa seconde maman?
Du suivant a qui tu as demandé un bébé alors qu’il sortait de prison et qu’il baisait ton ami peintre?
Du suivant qui t’a fait une fille qu’il a violée après t’avoir piqué tout ton fric?
Du suivant qui a détruit tes dents et ton corps sous les coups pendant ta dernière grossesse? Qui a violé ta bouche après t’avoir arraché les cheveux; en disant que ça l’avait excité… que tu l’avais excité?
Te souviens-tu bien? »
...Et Doc qui affirme que je dois retrouver ma féminité!
Le 22/04/2009
Errer sur le miroir d’hier. Reflets infinis et déformés par du temps; tant de temps, que le croquis de l’histoire de ces images, leur contexte, en est effacé ou distordu.
C’est peut-être ça qui fait mal: l’oubli de soi, racines broyées…
on se penche, on se penche sur le miroir... et le moindre souffle d’un jugement bêtement prononcé nous écrase dans la boue des heures
pas comprises.…Pourquoi les regards des autres nous obligent-ils à fouiller pour comprendre jusqu’à ne plus rien savoir de soi-même... parce que la mémoire est intelligente et masque ce qui pourrait saigner?
... Mais la mémoire ne soigne pas ses cicatrices.
Retrouver la mémoire et ciseler les imperfections que renvoie le miroir tronqué sur les pas trébuchants d'aujourd'hui; et cautériser les entailles....
Serais-ce le propre de l'homme? J'y croirais presque!
Le 19/04/2009
Quelqu’un qui l’aurait examinée à ce
moment là aurait pensé: C’est une femme mûre, calme, sereine.
Elle était assise le dos contre la chaise, un peu nonchalante; mais ses petits yeux vigilants posés sur le couple qui parlait, donnaient à cette nonchalance une attention tranquille.
Le couple, sans le savoir, lui avait extorqué une invitation à dîner.
Cela faisait cinq ans qu’ils ne se voyaient plus; qu’ils ne vivaient même plus dans la même région.
Le couple s’était marié, avait mis au monde un petit garçon.
Elle, elle avait perdu la seule personne qui lui disait qu’elle était belle et douée de vie.
Elle était peut-être même en train de perdre sa foi; enfin, sa vieille âme.
Son regard sur eux était celui du dehors; celui qu’on doit bien montrer en société pour ressembler et ne pas faire peur.
Son regard du dedans avait fermé ses paupières; en secret.
Et quand on croyait qu’elle écoutait, elle pensait: Je n’y comprends rien.
Ce couple, là; lui, surtout, son binôme d’un apprentissage long et rude; maintenant elle s’apercevait qu’il avait vingt ans de moins qu’elle, et que ce qu’il racontait ne l’intéressait que dedans son amour des êtres humains en général. Pas plus.
- Heureusement qu’il y avait le lourd vin rouge couleur de cerise trop mûre… cela faisait des siècles qu’elle n’avait pas affûté ses sens avec du vin. Et elle s’en fichait bien que les notices de ses médicaments lui recommandent « aucune absorption d’alcool« .
- Heureusement qu’il fallait si peu pour passer de la réalité à l‘intemporelle vérité qui protège.
Ils étaient partis contents. Elle avait fait les gestes pour ranger toute cette vaisselle. Son corps ne lui disait rien. Elle était vide.
Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est que demain matin les larmes réveilleraient son corps…. sans même qu’elle en sache la raison.
La raison; non, ça ce n’est pas le mot approprié: il n’y a pas de raison dedans l’âme.
Le « pourquoi » ne se réveillerait, lui, que le surlendemain, à sa visite chez Doc : elle était étrangère à elle-même……..
Le 18/04/2009
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